L'essentiel en bref
Un Français n’a pas besoin de visa d’affaires pour le Canada : une AVE à 7 $ CA suffit pour venir en avion. Elle couvre les réunions, les salons, les achats, la prise de commandes, la formation et le service après-vente sous garantie, tant que votre salaire et les bénéfices restent en France. Dès que vous réalisez une prestation pour un client canadien sur place, il faut un permis de travail, sauf exemption courte de 15 ou 30 jours.
- Le statut de visiteur commercial permet de rester jusqu’à 6 mois, avec une AVE à 7 $ CA pour un voyage en avion.
- Trois critères : votre rémunération vient de France, votre lieu d’affaires principal y est, et les bénéfices y restent.
- Le service après-vente est permis sur un équipement acheté hors du Canada, dans le cadre du contrat de vente ou de sa prolongation.
- Un cadre ou un professionnel (CNP de catégorie FEER 0 ou 1) peut travailler sans permis 15 jours consécutifs tous les 6 mois, ou 30 jours tous les 12 mois.
- Une fausse déclaration à la frontière peut entraîner 5 ans d’interdiction de territoire, c’est-à-dire d’entrée au Canada : décrivez votre mission telle qu’elle est.
Pour un rendez-vous client, un salon ou une visite de filiale, un Français n’a pas besoin de visa d’affaires pour le Canada. Il lui faut seulement une autorisation de voyage électronique (AVE)Source : IRCC, à 7 $ CA, s’il arrive en avion. À la frontière, il entre comme visiteur commercial, un statut qui permet de rester jusqu’à six mois.
Encore faut-il que ce que vous venez faire ne compte pas comme du travail au sens canadien. Tant que vous rencontrez, négociez, achetez, apprenez ou réparez sous garantie, l’AVE suffit. Dès que vous réalisez une mission payée par un client canadien, tenez la caisse d’un stand ou montez vous-même un bâtiment, il vous faut un permis de travail ou une exemption précise. Pour placer votre voyage d’un côté ou de l’autre, l’agent des services frontaliers (l’équivalent canadien de la police aux frontières) s’appuie à l’arrivée sur trois critères.
Qu’est-ce qu’un visiteur commercial pour le Canada ?
C’est quelqu’un qui vient pour ses affaires sans entrer sur le marché du travail canadien. IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le ministère fédéral de l’immigration) en juge sur trois indicesSource : IRCC, qu’il faut pouvoir montrer avec des documents :
- Votre rémunération vient de l’étranger. Votre employeur français vous paie, pas l’entreprise canadienne que vous rencontrez.
- Votre lieu d’affaires principal est hors du Canada. Vous avez un poste, un bureau et une entreprise en France, où vous rentrez après le voyage.
- Les bénéfices restent à l’étranger. Le fruit de votre activité revient à votre entreprise française, pas à une société canadienne.
La durée du séjour, elle, ne tranche rien. Un séjour de trois jours peut demander un permis si vous venez livrer une prestation à un client canadien, alors qu’un séjour de plusieurs semaines pour former l’équipe d’une filiale reste une visite commerciale. L’agent regarde surtout qui bénéficie de votre travail et qui vous paie.
| Point comparé | France | Canada |
|---|---|---|
| Formalité avant le départ | Aucune dans l’Union européenne | AVE en ligne, 7 $ CA |
| Contrôle à l’arrivée | Aucun, ou passeport seulement | Entretien possible sur le but du voyage |
| Ce qui décide du droit de travailler | Libre circulation dans l’UE, aucun permis | L’activité réelle, le payeur et le bénéficiaire |
| Durée sans formalité | Pas de limite pratique | 6 mois au plus, travail limité aux activités de visiteur |
À retenir : Avant de partir, préparez de quoi justifier chaque rendez-vous : l’agent peut vous les faire expliquer un par un.
Ce que vous pouvez faire, et ce qui demande un permis
Les activités qu’IRCC autorise se résument à une règle : vous pouvez préparer, vendre, apprendre et réparer sous garantie, mais pas produire un travail pour un client canadien. Les entreprises françaises butent surtout sur les cas limites, comme la mise en service d’une machine, la vente sur un stand ou une mission de conseil.
| Activité au Canada | Avec une AVE ? | Ce qu’il faut avoir sur vous |
|---|---|---|
| Rendez-vous clients, négociation, prospection | Oui | Lettre d’invitation, programme des rendez-vous |
| Salon professionnel, conférence, congrès | Oui, sans vendre au grand public sur place | Badge ou inscription, lettre de l’employeur |
| Acheter des biens ou services canadiens pour votre entreprise | Oui | Lettre de l’employeur |
| Prendre des commandes | Oui, la livraison et la facture partent de France | Catalogue, conditions de vente |
| Conseil d’administration d’une filiale canadienne | Oui | Convocation, preuve du mandat |
| Former les employés de la filiale canadienne | Oui | Lettre de la société mère |
| Être formé par la maison mère ou le fournisseur canadien | Oui | Contrat d’achat ou lettre de la société |
| Service après-vente sur un équipement vendu depuis l’étranger | Oui, dans le contrat de vente ou sa prolongation | Contrat de vente, garantie, contrat de service |
| Monter vous-même une installation (travaux de corps de métier) | Non, sauf savoir-faire propre au fabricant | Permis de travail en général |
| Mission de conseil ou prestation facturée à un client canadien | Non, sauf exemption de 15 ou 30 jours | Permis de travail ou exemption |
| Tenir la caisse d’un stand qui vend au public | Non | Permis de travail |
| Remplacer un salarié canadien quelques semaines | Non | Permis de travail |
Le service après-vente est l’exception qui sert le plus aux industriels, et la plus souvent mal appliquée. Il couvre la réparation, l’entretien, la mise en service, les essais et la supervision de matériel commercial ou industriel spécialisé acheté ou loué hors du CanadaSource : IRCC. Le contrat de service doit faire partie de la vente d’origine ou la prolonger : un contrat négocié plus tard avec un tiers ne compte pas. Et la mise en place exclut le travail que ferait normalement un ouvrier du bâtiment, sauf si l’équipement demande un savoir-faire propre au fabricant.
Une mission courte chez un client : l’exemption de 15 ou 30 jours
Si vous venez vraiment travailler, mais pour quelques jours seulement, la Stratégie en matière de compétences mondialesSource : IRCC, le dispositif fédéral qui facilite la venue de travailleurs qualifiés, prévoit une dispense qui permet à un travailleur hautement qualifié de travailler au Canada sans permis pendant :
- 15 jours consécutifs, une fois tous les 6 mois, ou
- 30 jours consécutifs, une fois tous les 12 mois.
Le poste doit relever des catégories FEER 0 ou 1 de la Classification nationale des professions (CNP), la nomenclature canadienne des métiers, l’équivalent de nos codes PCS : cadres de direction, ingénieurs, informaticiens, consultants en gestion, comptables professionnels… Un technicien ou un ouvrier qualifié n’y entre pas. Les chercheurs d’un établissement public d’enseignement supérieur relèvent d’un régime plus généreux, avec 120 jours par an.
Cette exemption ne remplace pas l’AVE, et elle se demande à la frontière : présentez-vous comme venant travailler au titre de cette dispense, avec la lettre de l’employeur qui décrit le poste et les dates. Comptez les jours au plus juste, parce que la règle parle de jours consécutifs : une mission prévue sur 15 jours qui déborde d’un seul jour sort du cadre.
Trois cas concrets
Ces profils sont des exemples construits pour illustrer la règle, pas des personnes réelles.
Claire, directrice commerciale, dans un salon alimentaire à Montréal
Claire passe quatre jours à Montréal, la grande ville francophone du Québec, pour tenir le stand de sa PME de biscuits et rencontrer trois distributeurs. Comme elle est payée par son entreprise à Nantes et que les commandes seront facturées depuis la France, elle entre comme visiteur commercial avec son AVE. Pour le prouver, elle emporte une lettre de son employeur, l’inscription au salon et la liste de ses rendez-vous.
Karim, technicien, mise en service d’une ligne de production
Son employeur lyonnais a vendu une machine à une usine de l’Ontario, la province de Toronto, avec la mise en service et deux ans de garantie dans le contrat. Karim vient trois semaines régler et tester la machine, puis former les opérateurs. Puisque la mise en service figure dans le contrat, c’est du service après-vente, et Karim voyage lui aussi en visiteur commercial, avec le contrat de vente et une lettre de l’usine canadienne. S’il devait aussi poser la charpente du bâtiment, ce serait un travail de chantier, qui demande un permis.
Sophie, consultante, mission de trois semaines à Toronto
Son cabinet parisien facture un audit à une banque de Toronto, la plus grande ville du pays, et l’audit se fait dans les bureaux du client. Une prestation livrée sur place à un client canadien n’est plus une visite d’affaires, mais son métier de consultante en gestion est classé FEER 1 : elle peut donc entrer avec l’exemption de 30 jours consécutifs, à condition de ne pas l’avoir utilisée dans les 12 derniers mois. Une deuxième mission dans l’année demandera un permis de travail.
Que montrer à la frontière ?
L’agent peut demander chacune de ces pièces, et des documents qui racontent tous la même histoire évitent un entretien qui s’éternise. Gardez-les dans votre bagage à main plutôt qu’en soute.
Le dossier du visiteur commercial
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Et les impôts, la paie, les frais ?
L’immigration et l’impôt sont deux questions séparées. Même sans permis de travail, un salaire versé pour des jours travaillés au Canada peut relever des règles canadiennes de retenue à la source : l’Agence du revenu du Canada (ARC), le fisc fédéral, prévoit des dispenses pour les employeurs non résidents et les salariés protégés par une convention fiscale, à demander à l’avance. L’enjeu reste faible pour quelques jours par an, mais dès que les missions se répètent, voyez-le avec un comptable qui connaît la convention France–Canada.
Des séjours réguliers peuvent aussi aller plus loin pour l’entreprise et créer un établissement stable au Canada. Et dès que vos services sont rendus sur place, des taxes et une retenue peuvent s’ajouter à la facture : vérifiez lesquelles vous concernent avant d’envoyer la première, avec le guide pour facturer un client canadien depuis la France.
Quand passer à un permis de travail ?
Une mission qui dépasse les activités de visiteur et les exemptions courtes passe par un permis de travail, et les entreprises françaises utilisent surtout quatre voies :
Détacher un salarié
Pour une mission longue au service d’un client ou d’une filiale, avec maintien au régime français de sécurité sociale.
Guide du détachement →Mutation intra-entreprise
Pour un cadre ou un spécialiste muté dans une filiale, une succursale ou une société affiliée au Canada, après au moins un an dans le groupe.
Mobilité francophone
Pour un emploi hors du Québec occupé par un francophone, sans étude d’impact sur le marché du travail (l’évaluation normalement exigée avant d’embaucher un étranger).
Jeunes professionnels (EIC)
Pour un salarié de 18 à 35 ans avec un contrat dans son domaine, jusqu’à 24 mois, dans le cadre du programme fédéral d’échanges de jeunes travailleurs.
Si le Canada devient un marché régulier, vous aurez ensuite à choisir entre continuer à vendre depuis la France, immatriculer votre entreprise dans une province (chacune tient son propre registre) ou créer une société canadienne. La checklist d’implantation au Canada vous aide à choisir à partir de votre projet.
Questions fréquentes
Faut-il une AVE si l’on arrive en voiture des États-Unis ?
Non : l’AVE n’est exigée que pour entrer au Canada en avion. Par la route ou en train, le passeport suffit à un Français, mais le statut de visiteur commercial et ses limites restent les mêmes.
Peut-on facturer un client canadien pendant le voyage ?
Oui, votre entreprise française peut facturer ses ventes et ses prestations réalisées depuis la France. Ce qui compte pour l’immigration, c’est ce que vous faites physiquement au Canada et qui vous paie pour cela.
Les frais d’hôtel payés par le client canadien posent-ils problème ?
Non : un hôte qui paie l’hébergement ou les repas ne transforme pas la visite en emploi. C’est le salaire versé par une entreprise canadienne qui change la nature du séjour.
Un dirigeant de PME peut-il ouvrir le bureau canadien en visiteur ?
Il peut rencontrer avocats, banquiers et comptables, chercher des locaux et signer des contrats. Diriger au quotidien une société canadienne en activité relève en revanche d’un permis de travail.
Combien de fois par an peut-on venir comme visiteur commercial ?
Il n’y a pas de plafond fixe, mais des séjours très fréquents ou très longs amènent l’agent à se demander si vous travaillez de fait au Canada. Gardez une trace de vos séjours et de leur objet.
